La principale priorité d'action retenue pour le secteur bovin concerne la gestion des fumiers en relation avec la protection des cours d'eau. Les producteurs privilégient une approche où l'on tient compte de l'efficacité globale de la gestion des fumiers (entreposage, transport et épandage), en optant pour la gestion des fumiers sous forme solide entreposés au champ.

Les producteurs, par le biais de leur Fédération et en partenariat avec le MAPAQ et le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), ont été proactifs en faisant réaliser, depuis une quinzaine d'années, plusieurs projets de recherche sur les amas au champ et les enclos d'hivernage aménagés. Ces projets ont confirmé l'efficacité agroenvironnementale de ces pratiques.

Des guides ont aussi été diffusés auprès des producteurs et des intervenants pour faciliter l'adoption et encadrer la gestion de ces pratiques.  Le Guide de conception des amas de fumier au champ actualisé en 2008 balise la conception et la gestion des fumiers solides entreposés temporairement au champ, une technique largement répandu chez les parcs d'engraissement et les producteurs vache-veau. 

Le Guide des bonnes pratiques agroenvironnementales pour la gestion des fumiers des bovins de boucherie rédigée en 1999, conjointement par la FPBQ, MAPAQ et MDDEP, décrit la technique des enclos d'hivernage et définit la gestion des fumiers produit par les animaux qui y sont logés.

Le développement réalisé dans le secteur vache-veau au cours des dernières décennies repose essentiellement sur l'utilisation d'enclos d'hivernage extérieurs aménagés. Cette technique qui accroît considérablement la productivité et la santé du cheptel tout en réduisant la charge de travail, combine des aires d'alimentation et de couchage, des dispositifs d'abreuvement, des abris pour les veaux et une bande végétative pour capter les eaux contaminées qui sortent des enclos afin d'éviter qu'elles atteignent les eaux de surface.

Au plan social, les pratiques, qui génèrent du fumier sous forme solide, facilitent la cohabitation en réduisant les odeurs. L'entreposage du fumier dans les champs et l'aménagement des enclos d'hivernage, loin des habitations, procurent les mêmes avantages.

Au plan économique, ces pratiques minimisent de façon importante les investissements non productifs pour l'État et pour les producteurs. En effet, les amas au champ évitent de recourir aux structures d'entreposage coûteuses, de l'ordre de 300 000 $ pour un parc d'engraissement de 800 bouvillons. En outre, puisque le fumier est transporté au champ au fur et à mesure qu'il est produit, cela amène une meilleure répartition de la charge de travail dans l'entreprise. Quant aux enclos d'hivernage, ils nécessitent moins d'investissement en bâtiments et améliorent la santé et la productivité du cheptel ainsi que l'efficacité du travail.

Aux plans agronomique et environnemental, la gestion sous forme solide et l'entreposage au champ, au fur et à mesure que le fumier est produit, procurent de nets avantages. Cela permet notamment d'enregistrer des gains environnementaux significatifs en atténuant les risques de ruissellement à l'épandage et en diminuant les risques de compaction du sol puisque le transport du fumier est surtout effectué au cours de l'hiver et déposé dans les parcelles qui en ont véritablement besoin.

La réglementation

Les amas au champ sont permis

Le nouveau Règlement sur les exploitations agricoles (REA) est entré en vigueur le 5 août 2010. Il est dorénavant permis à toutes les exploitations agricoles, peu importe le type de production, le nombre d'animaux et la localisation de la ferme, de stocker le fumier solide en amas dans un champ cultivé.

Une pratique encadrée

Les producteurs qui utilisent la technique de stockage de fumier en amas au champ doivent se soumettre aux conditions décrites au REA (www.mddep.gouv.qc.ca) et faire appel à un agronome pour les conseiller dans la conception et la gestion des amas.

Le travail accompli porte ses fruits

Les projets de recherche réalisés au cours des quinze dernières années ont permis de caractériser, de façon exhaustive, l'impact environnemental des amas. C'est d'ailleurs un des piliers sur lequel le ministère s'est appuyé pour proposer les modifications au REA.

Rappelons que les producteurs de bovins ont été au cœur du développement des connaissances sur les amas au champ. Mentionnons, entre autres, les recherches réalisées tant chez les producteurs qu'à l'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) et le projet de suivi des producteurs utilisant cette technique. N'oublions pas les diverses représentations auprès des ministères concernés et la participation aux comités d'experts.

Des actions concrètes

La Fédération réalise un projet d'« Évaluation et amélioration de la gestion agroenvironnementale des enclos d'hivernage et des bandes végétatives filtrantes ». D'une durée de deux ans, le projet vise à améliorer la performance environnementale des enclos d'hivernage et des bandes végétatives filtrantes, à déterminer les meilleures pratiques de gestion à utiliser à des moments stratégiques. 18 producteurs, répartis dans plusieurs régions agricoles et accompagnés de leurs professionnels, participeront au projet. Sept visites annuelles permettront de recueillir plus de 250 formulaires contenant des informations sur la gestion des enclos et des bandes végétatives filtrantes.

Ces nouvelles données s'ajouteront aux résultats des projets de recherche menés à l'IRDA et dans l'Outaouais.

Définitions

Qu'est-ce qu'un amas au champ?

Et un enclos d'hivernage?